Récap de la saison 2015

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Le Championnat de France de difficulté représentait l’échéance clé de la saison du fait qu’elle permettait de se sélectionner pour la saison internationale. Ma 4ème place et ma sélection en Equipe élite en poche, j’ai pu aborder le reste de la saison sereinement.
Les deux premières étapes de Coupe du Monde ont été un succès, avec ma première finale à Briançon et une 4ème place inattendue. Que du bonheur!
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Pour la suite, ça s’est un peu gâté… une vague de fatigue m’a prise par surprise fin juillet. S’en est suivie une longue période de grimpe fastidieuse avec des sensations on ne peut plus désagréables et aucun plaisir à grimper :( Sans oublier une grosse remise en question par rapport à mes capacités et pourquoi mon corps ne réagissait pas comme prévu à l’entraînement que j’avais suivi. 20769197236_daa9749fd5_o

Fatiguée ou pas, je devais me rendre à Imst en Autriche pour la 3ème étape des Coupes du Monde. Je me doutais que ce serait difficile et c’est peu dire que je l’ai mal vécu, aussi bien physiquement que mentalement. Cependant cette étape a crée un déclic et j’ai réalisé que je n’avais pas d’autre choix que d’aborder les compétitions différemment.
Consciente d’avoir eu une nette progression sur le plan physique cette année, je me suis rendue compte que ce n’était pas dramatique que je ne me sente pas à 100% le jour J (voire même très loin des 100%), tant que j’arrivais à avoir une grimpe efficace alliée à un mental d’acier, et que j’arrivais à me faire plaisir.

C’est cet état d’esprit qui m’a sauvé à l’étape de Stavanger en Norvège. Je ne me sentais pas terrible du tout lors des qualifications, j’avais l’impression de grimper avec des sabots et tout semblait fastidieux. Mais en demi-finale, je me suis en mise en mode “guerrière” avec une seule idée en tête : me battre jusqu’au bout quoi qu’il arrive. Je n’allais quand même pas me laisser abattre par mon manque de confiance en moi et le laisser gâcher ma compétition. Ça a marché: je me suis livrée une bataille sans précédent et j’ai terminé à la 9ème place à un valorisé de la finale.

Demi-finale StavangerJe me suis ainsi prouvée pour la première fois que les sensations à un moment donné (la rési, la fluidité, les micro-tremblements, et j’en passe) étaient loin d’être une priorité. Au contraire, c’était des pensées parasitaires. Cette erreur a été le gros point noir de ma saison mais au moins aujourd’hui j’en suis consciente, c’est donc une nouvelle clé dans ma progression.

Photo 20-08-2015 02 54 05Une fois cette réflexion bien digérée et la vague de fatigué éloignée, le reste de la saison s’est apaisé.
Dans un état d’esprit bien plus serein et avec comme objectif premier de prendre plaisir à grimper, j’ai réalisé ma 2ème finale de l’année lors de la dernière étape à Kranj en Slovénie. Cette étape a clairement été la meilleure de la saison puisque j’ai pris plaisir à chaque mouvement de chaque voie. Je me suis retrouvée. Quel plaisir de finir comme ça!
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J’ai donc énormément appris sur moi cette année et notamment sur l’importance de la notion de plaisir en compétition. Malgré quelques périodes chaotiques et difficiles à gérer, je suis vraiment satisfaite de mon évolution en tant que grimpeuse mais aussi en tant que personne.
Photo 05-09-2015 10 52 44Le meilleur pour la fin, j’ai atteint un objectif dont je rêvais depuis longtemps: être dans le top 10 du classement général de la Coupe du Monde 2015 :D

Vidéo de ma première finale de Coupe du Monde – Briançon 2015 – 4ème place

Coupes du Monde 2015, c’est parti!!

Depuis déjà deux semaines, la saison internationale de difficulté à commencé!
La première étape de Coupe du Monde à Chamonix faisait aussi lieu de Championnats d’Europe puisqu’aucun pays n’a pu organiser la compétition. Dommage pour les Européens, mais c’est comme ça.

Mur Chamonix Cette première étape a commencé sur les chapeaux de roues pour moi puisque je m’octroie une très inattendue 4ème place après les qualifications. Complètement perturbée par cette perf, mon cerveau me joue des tours et je n’arrive pas à gérer la situation. Perdue entre excitation, stress et pression, je passe à côté de ma demi finale et termine à la 16ème place. Déçue, mais déjà bien consciente que ces quelques erreurs de gestion étaient presque nécessaires pour me permettre d’aborder la suite de la saison plus sereinement.

Chamonix Q2 Deux jours de repos, un entraînement et un autre jour de repos plus tard, il était déjà temps de se remettre en route pour la deuxième étape à Briançon. Cette fois les qualifications et les demi-finales étaient dans la même journée ; personnellement c’est un format que je trouve bien plus facile à gérer émotionnellement bien qu’il soit peut-être plus éprouvant physiquement.

IMG_7383 J’ai eu la chance de passer dans ma première voie de qualification à la fraîche. Je me suis sentie en forme dans la voie et j’étais la première à faire TOP (suivie de 6 autres filles). Deux heures plus tard, il faisait déjà nettement plus chaud et je ne sais pour quelle raison j’ai cru que la deuxième voie serait « facile ». Dans ma tête, je n’étais pas prête à forcer, belle erreur qui aurait pu me coûter cher. Je suis arrivée au ¾ de la voie en ayant simplement subi tout le début, transpirante, à bout de force. Petit rappel à l’ordre bien mérité (mais qui m’a mis les crocs pour le soir…). Heureusement mon TOP dans la Q1 m’a tout de même permis de me qualifier à la 9ème place.

11223813_10153466001993537_444337406287215023_n Les quelques heures avant les demi finales, j’essayais de me forcer à ne pas trop réfléchir. « Laisse tomber l’enjeu. C’est une voie comme les autres. Pense juste à bien grimper ». Plus facile à dire qu’à faire.
Après la lecture, la voie m’a semblé complexe et bien moins basique qu’à Chamonix mais bizarrement elle ne m’intimidait pas autant. J’ai donc attendu mon tour tranquillement et je suis arrivée au pied du mur totalement sereine. Je me suis imposée un rythme soutenu et une grimpe déterminée. J’ai d’ailleurs fait deux mouvements avec une méthode bien plus difficile, mais bon soit on est déterminé et on assume ses choix, soit on hésite et on tombe. Je préfère la première solution. Du coup malgré deux petites erreurs « tactiques » dans la voie, j’ai réussi à me battre jusqu’au bout de mes forces.

11705164_526270494191060_3150539959629053900_o En descendant je savais que ce serait très juste pour les finales, mais je n’avais quasiment rien à me reprocher. Il fallait juste que deux filles tombent. C’est moche mais dans ces moments là on ne pense qu’à soi. Deux filles sont tombées, et j’ai gagné mon premier ticket pour les finales d’une Coupe du Monde. De la joie, des cris, des embrassades, du soulagement partagés avec mon entraîneur, ma meilleure amie, Sean. Du bonheur à l’état pur. Cette finale, je l’ai tellement voulu, et là je l’avais enfin. Je me suis endormie à 4h du matin.

11218234_526951190789657_3948373180747900246_o Le lendemain, j’étais sur un petit nuage en attendant les finales. Je me suis faite chouchoutée par Aurélie notre kiné/ostéo de l’équipe de France pour être en top forme. C’était que du bonus pour moi à ce moment là, donc aucune raison de stresser. Juste profiter de C H A Q U E moment.

887573_526950177456425_8649091195505056134_o Première à m’élancer, j’étais libre comme un oiseau. Rien à perdre, tout à gagner. J’ai donc pu montrer ma plus belle grimpe, celle qui ne se libère qu’en rares occasions. Le public Français m’a porté et je l’ai remercié comme j’ai pu avec un sourire qui en disait long. Au final, j’ai terminé 4ème, à un mouvement du podium et deux de la victoire. Mais honnêtement je m’en fiche. J’ai tout donné et c’est juste énorme!!!

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Aujourd’hui je suis plus qu’heureuse mais je ne peux m’empêcher de repenser qu’il y a deux ans, j’étais bien triste. Je n’avais pas pu participer aux Coupes du Monde puisque je ne rentrais pas dans les critères de l’équipe de France. J’avais dédié mon année entière à la saison internationale mais n’avait participé à une seule épreuve sélective en France. Ma faute à moi, je n’aurais jamais du mettre tous mes œufs dans le même panier.

Ceci dit si c’était à refaire je n’hésiterai pas une seule seconde puisque cela m’a permis de rencontrer mon entraîneur Thomas Ferry. Un entraîneur de l’ombre comme il dirait, mais qui a chamboulé ma vie depuis deux ans. Evidemment avoir Sean McColl comme partenaire de grimpe et de vie m’aide énormément au quotidien, dans ma vision des choses et dans ma grimpe. Il a aiguisé mes sens et m’as sculpté en tant que compétitrice. Je ne le remercierai jamais assez de m’avoir transmis tout son savoir. Je l’ai dans la peau. Mais il reste mon partenaire avant tout, pas mon entraîneur.

Thomas est celui que je souhaite remercier aujourd’hui. Par son savoir incroyable du sport, sa psychologie, sa personnalité, et bien d’autres éléments… il m’a permis de toucher du doigt un rêve : celui d’essayer de me hisser parmi les meilleures grimpeuses mondiales. Depuis deux ans, on travaille ensemble et comme on dit Rome ne se fait pas en un jour. Il m’a peu à peu libéré, sorti de ma coquille, révélé. Alors la route reste longue et il y a encore du travail, mais c’est important pour moi de dire à ceux qui souhaitent l’entendre que c’est bel et bien aussi grâce à lui que j’en suis là aujourd’hui.

Pour revoir ma finale, c’est ici:

Championnats de France de difficulté 2015

Comme vous le savez, les tant attendus championnats de France de difficulté ont eu lieu le week-end dernier Gémozac.
Mur Gémozac

Après des mois d’entraînements, j’avais plus que hâte d’y être d’autant plus que l’enjeu était de taille puisqu’il s’agissait de décrocher sa sélection en Équipe de France pour la saison internationale. En gros pour être sélectionné en Équipe réserve il fallait être en finale, pour l’Equipe Élite il fallait être dans le top 5 (voir détail critères EDF ici).

Lors des deux dernières années, les France ne m’avaient pas réussi. La première fois une zipette de la main m’avait éjecté de tout critère de sélection et avait anéanti ma saison (mais m’avait ceci dit permis de rencontrer mon entraîneur actuel Thomas Ferry). Puis l’an dernier une grosse boulette en demi, moins grave, m’avait juste sortie des finales. Bref pas très glorieux tout ça!

Ce qui fait que j’arrivais sur ces France avec une certaine appréhension… Mais cette année tout était différent, mon état physique comme mental ayant beaucoup évolué.

Bref, venons en à la compétition. Les qualifs étaient variées: une voie dans du vertical technique et une voie basique dans du dévers. Au total, 13 femmes ont sorti les deux voies.

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La demi finale tant attendue mais aussi redoutée pour moi, était finalement très basique et sans aucun piège. C’était de la résistance de base avec un dernier mouvement crux. Après 3h30 en isolement, des moments de doute et de stress, j’ai réussi à grimper à mon niveau (en serrant quand même les prises à mort) pour finalement chuter au dernier mouvement, me propulsant ainsi à la 2ème place derrière Julia Chanourdie.

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Le moins que l’on puisse dire c’est que j’étais soulagée et satisfaite d’avoir brisé la règle du “jamais 2 sans trois” et d’accéder enfin aux finales après deux ans à vide…

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A partir de là, c’était que du bonus puisque la saison internationale était déjà assurée. Objectif principal atteint! J’allais enfin pouvoir me relâcher et me faire plaisir dans la voie de finale. Celle-ci était très variée encore une fois, du technique au début, du physique au milieu et du toit à la fin. Malheureusement un mouvement retord me fera chuter (un peu trop tôt à mon goût) au début du toit malgré une belle grimpe jusque là. Je finis donc à la 4ème place derrière Charlotte Durif, Julia Chanourdie et Alizée Dufraisse.

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Le niveau était clairement bien relevé sur ces Championnats de France et malgré le fait d’être au pied du podium je suis super contente car je repars avec ma sélection en Équipe de France Élite! Un grand soulagement et de la joie d’avoir réussi cette compète qui me faisait peur. Pour voir le résumé des finales, c’est ici:

Maintenant place aux Coupes du Monde de diff :D!!

Un grand merci à mes ami(e)s, mon entraîneur, ma famille et mon chéri pour leur soutien sans faille!

Inauguration et Master “Climb Up Aix”

Je tenais à faire un article sur l’inauguration de la nouvelle salle de François Petit Climb Up Aix située à Bouc-bèl-Air à deux pas d’Aix-en-Provence.
Mathilde François Sean

A l’occasion de cette inauguration, la salle avait prévu entre autre d’organiser un Master amical de difficulté où 12 grimpeurs internationaux grimperaient dans une voie “extrême” après travail.

Les  grimpeurs conviés étaient:
Chez les femmes: Mélanie Sandoz, Matilda Söderlund, Hélène Janicot, Charlotte Durif, Mina Markovic et moi-même;
Chez les hommes: Thomas Ballet, Dave Graham, Guillaume Glairon-Mondet, Domen Skofic, Chris Sharma et Sean McColl.
Du très beau monde donc !!

Sean et moi sommes donc arrivés à Aix-en-Provence le 1er Avril pour découvrir la salle et profiter de nos 20 minutes de travail dans la voie extrême. Pour ma part, le travail s’est très bien déroulé, j’ai tout de suite adoré la voie ouverte par Gérôme Pouvreau. Celle-ci se décomposait en trois sections: une première partie verticale très technique, une seconde partie déversante relativement physique, et enfin un rétablissement sur plats physique ET technique !! Le tout pour une cotation estimée à 8B+/8C pour les femmes et il me semble 8C+/9A pour les hommes.
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Le lendemain après-midi tous les grimpeurs ont été conviés pour essayer la partie la plus fun de la salle : le Clip’N’Climb. Un nouveau concept de Entre-Prises permettant dedécouvrir l’escalade sous sa forme la plus ludique et surtout la plus amusante !
Retour en enfance pour nous tous, je crois qu’on a pas vu le temps passer et en tout cas on a bien rigolé…

ClipNClimb

Enfin à 19h l’inauguration officielle a commencé par un spectacle danse escalade, de beaux discours, un buffet, … et à 21h les choses sérieuses ont débuté pour nous avec le Master Climb Up Aix. La salle était pleine à craquer (plus de 1000 personnes) et il y avait déjà une ambiance de folie. Je me suis élancée dans la voie en 2ème position, détendue et super excitée à l’idée d’essayer cette voie qui m’avait autant plu la veille. Et là, surprise, j’ai mis le run de ma vie, tout était calé, les mouvements s’enchaînaient les uns après les autres comme si je flottais, pour finalement me livrer un combat magique et tomber à quelques mouvs du top. En plus le public était en folie, l’ambiance était juste extraordinaire et m’a porté jusqu’au bout de mes forces. C’était un moment incroyable dont je me souviendrai très longtemps !

Travail voie ultime

Quoi qu’il arrive en descendant de ma voie, j’étais extasiée de ma performance et me fichait totalement du résultat final. J’ai rarement aussi bien grimpé de toute ma vie ! Puis à ma grande (énorme) surprise, mes concurrentes sont tombées les unes après les autres avant moi … Quoi ?! Hein ?! Qu’est-ce qu’il se passe ??? J’ai gagné ! Non ??!!! En plus de cette immense joie mon compagnon de vie et de grimpe Sean a lui aussi remporté la victoire de son côté.

Voie extreme public

Donc de ces deux jours nous retenons beaucoup beaucoup de plaisir, de grimpe, de partage, de moments privilégiés passés avec des légendes de l’escalade, de fun, … bref c’était juste dément ! CACUn grand merci à François Petit, à toute l’organisation Climb Up Aix et enfin et surtout au public qui nous aura tous porté jusqu’au bout … !

Podium mixte